J’ai fait mes premiers pas dans le monde du silence vers l’âge de 18 ans, déambulant dans ma ville natale à la recherche de vues aériennes, insolites, et d’adrénaline. Ce fut pour moi une appropriation triviale, et passionnante, d’un espace urbain familier, et néanmoins empli de surprises. Fasciné par une photographie que je pensais vraie, j’ai eu l’envie de me confronter à une pratique de terrain, une volonté de témoigner d’un réel que je connaissais bien, mon agglomération, mes amis et nos habitudes. Cherchant l’extra-ordinaire, je n’avais pas conscience que l’ordinaire, voir l’infra-ordinaire de Perec pouvait aussi bien être légitime dans le cadre d’une démarche photographique, artistique.

Infuencé par l’œuvre de Henri Cartier-Bresson, son sens du cadrage, et son concept d’instant décisif ont pour partie forgé ma méthode, et l’attention que j’aime porter au cadre. Ses images dotées d’une apparente simplicité m’ont conforté dans l’usage de la focale fxe, et dans l’importance d’être un photographe patient. Je travaille en 35 mm qui permettent une esthétique léchée, opposant l’auteur à des problématiques de juste distance, et autorisent une grande marge de manœuvre dans la perception des différents plans ainsi que la profondeur de champ.

Ce fut la naissance d’un amour pour le détail, et la capacité qu’a la Photographie d’absorber, et de restituer fidèlement des situations lumineuses, souvent banales, toujours complexes. J’ai réalisé et admis de jour en jour que ma pratique n’était pas universelle, et qu’à ma surprise, chaque photographe ne faisait pas obligatoirement de soi un thème central de ses images. Chaque cliché en entrainant un autre, je n’ai jamais envisagé mon travail comme des séries éparses, mais plutôt comme le témoignage fluide d’une vie, ainsi que l’évolution et la persistance de ce regard sous une forme adaptée, celle de la chronique. Mes photographies se veulent représentatives de mon identité, et attestent de la volonté de savourer chaque jour la chance qui nous est donnée de voir la lumière se réfléchir sur les surfaces que nous rencontrons.

 

« La photographie a d’admirables capacités de description. Mais qui peut encore confondre description et objectivité ? »

Régis Durant

 

De par sa nature, l’image photographique n’offre à l’œil qu’une infime perception de la réalité, et j’essaie que celle-ci garde une certaine justesse. Je suis en effet subjugué par les capacités descriptives du médium photographique, et déclencher, c’est avant tout enregistrer un fragment du monde extérieur, afin de conserver et partager une mémoire de d’instants vécus, qui ne se reproduiront jamais plus de la même façon.

Si la photographie peut se poser comme un moyen de vulgarisation et d’observation, elle permet aussi d’interroger notre conception du quotidien d’une façon radicalement différente, en faisait surgir le détail, sans pour autant abandonner son pouvoir de suggestion et de réflexion. Mon travail tend à incarner une perception objective de la réalité, non pas saisie avec la plus grande distance de manière méthodique, mais plutôt une projection authentique de moments vécus, assimilés personnellement à travers le prisme de la photographie. Si elle est un souvenir, c’est avant tout le témoignage de nos identités, de notre état d’esprit, et des constats sur nos vies.

Celle de transmettre mon savoir et ma passion à des enfants, à travers l’appareil photographique, objet à la fois simple et complexe, d’appropriation et de réfexions sur le notre environnement. Éduquer l’œil, et la posture, pour affronter le monde sereinement, et prendre conscience du vivre ensemble. Aborder l’appareil photographique comme un outil d’épanouissement, de communication et d’émotions, permettant des variations infinies avec la lumière, et laissant s’exprimer une identité, par nature unique.

 

« You spend half your life trying to understand the old folks and then you spend the other half of your life trying to understand the young folks. When you’re small, you’ve got small troubles. When you’re big, you’ve got big troubles. There’s one damn thing after another, and the only reason I’m hanging around is to see what is going to happen next.”

James Van der Zee